Sous la tente de Guilad Schalit

 

« Cette chaise est réservée pour Guilad Schalit. » Pour l’anniversaire du soldat israélien, on est allé voir ce qui se passait sous la tente qu’ont érigé ses parents.

Avant-propos : article paru dans le Jérusalem post – Edition Française du 23 août.

Guilad Scahlit aura 25 ans le 28 aout prochain, et il fêtera cet anniversaire entre les mains de ses ravisseurs palestiniens. Sa famille, mais aussi des dizaines de bénévoles et des milieux d’anonymes, continuent de garder l’espoir qu’il sera bientôt libéré. La tente est le symbole de ce combat.

Des graffitis à côté de la tente de Guilad Schalit

Alors que les tentes de l’avenue Rotschild tiennent le haut du pavé dans les journaux depuis quelques semaines, il est une tente, installée depuis plusieurs années déjà, qu’il ne faudrait pas oublier : c’est celle de Guilad Schalit. Installée rue d’Aza à Jérusalem, en face de la résidence du Premier ministre, il est difficile de ne pas la remarquer. Car la simple tente blanche installée le 8 mars 2009 a été depuis bien décorée : des affiches à l’effigie du soldat franco-israélien parsèment par dizaines l’intérieur de la tente mais aussi les murs de la rue qui reçoivent des centaines et des centaines de mots, appelant à la libération de Schalit. Ces mots sont écrits en hébreux, mais aussi en anglais, en espagnol, en italien, en français… preuve de la résonnance internationale de l’enlèvement.

Dans la tente elle-même, on s’affaire. Chaque jour, de neuf heures du matin à neuf heures du soir, les bénévoles se relaient pour accueillir les nombreux touristes qui viennent voir la tente. C’est le cas de Yaira Unger, présente bénévolement depuis l’installation. Habitant à l’extérieur de Jérusalem, elle a pourtant à cœur de venir une fois par semaine : pour accueillir les visiteurs, vendre des t-shirts à l’image du soldat enlevé, ou simplement discuté avec ceux qui le veulent. « Comme citoyenne, je n’ai pas beaucoup de pouvoir pour faire changer les choses ; être présente sur la tente est le moins que je puisse faire » nous explique-t-elle. Comme tous les gens à qui nous parlerons, venir faire du bénévolat ici est une démarche capitale pour Yaira :

« J’ai cinq enfants, et ils sont tous passés par l’armée. Le plus jeune d’entre eux est entré à l’armée après Guilad, mais il est rentré à la maison avant lui… »

Dans un pays où le service militaire est obligatoire pour tous – trois ans pour les garçons et deux ans pour les filles – l’enlèvement d’un conscrit n’est pas un banal fait-divers. « Au moins je peux regarder mes fils dans les yeux et leurs dire que j’ai fait quelque chose… pas seulement m’asseoir et prier. » Ce qui frappe surtout l’esprit lorsque l’on vient parler aux volontaires, et aux gens qui passent, c’est la violence avec laquelle ils condamnent Netanyahou : « Par son manque de courage, il est en partie coupable de la détention de Guilad » nous dit encore Yaira. Coupable de ne pas vouloir échanger les prisonniers palestiniens que le Hamas demandent en échange du soldat franco-israélien. « Mon beau-frère a été tué par un des terroristes qui est sur la liste de l’échange. Et même comme ça, je demande qu’il soit libérer pour faire revenir Guilad à la maison » tempête Yaira, véritablement en colère contre celui que les Israéliens surnomment Bibi. « Je suis persuadé que si Ariel Sharon était encore au pouvoir, mon fils aurait été libéré depuis longtemps » nous confie Noam Schalit. La voix est douce, l’attitude est réservée, mais la conviction est sans faille.

Un soutien national

La tente de Schalit et ses fameux rubans jaunes

Un bus d’enfants qui semblent tout droit sortir de la maternelle débarque à la tente. Ils ont préparé un livre pour les parents Schalit : à l’intérieur, chacun des enfants a fait un dessin, illustrer d’une phrase. On peut y lire « J’espère que Guilad rentrera bientôt à la maison », « Je suis sûr qu’il est encore vivant », ou encore « Dépêche-toi Bibi ! ».

L’innocence de ces messages est touchante. Les enfants savent à peine écrire, mais ils montrent du doigt les photos du soldat, car ils le connaissent. Les gens l’appellent « Guilad » comme s’ils le connaissaient. Il est le fils de toutes les mères israéliennes. Le frère de tous les soldats qui font leur service.

Galia a fait spécialement la route de Rosh Ha’Ayin à Jérusalem pour parler à Aviva, la mère de l’otage ; elle veut lui dire qu’elle comprend sa douleur et sa peine, qu’elle pense à Guilad tous les jours. Un père de famille achète des t-shirts pour ses enfants. Ils se chamaillent pour avoir des autocollants et des rubans jaunes. « C’est important d’acheter des t-shirts car quand les enfants les mettront, ça prouvera qu’on pense encore à lui » m’explique Ehoud Wizer qui vient du nord d’Israël. C’est vrai que les t-shirts, vendus 25 shequels, s’arrachent véritablement comme des petits pains. Lors du marathon de Jérusalem, événement apolitique, il n’était d’ailleurs pas rare de voir les coureurs arborés ces t-shirts à l’effigie du soldat captif.

L’histoire de Guilad Schalit, tout le monde ici l’a connaît. Le 25 juin 2006, il est capturé à Kerem Shalom, un Kibboutz à la frontière entre Israël et la bande de Gaza. Son enlèvement est revendiqué par les Brigades Ezzedine Al-Qassam, les Comités de résistance populaire (CRP) et un groupe inconnu autoproclamé l’« Armée de l’Islam », annonçant leur intention d’échanger Guilat Schalit contre des prisonniers palestiniens détenus en Israël. Mais Ehoud Olmert refuse toute négociation et lance, le 28 juin 2006, l’Opération « Pluies d’été », qui ne permettra pas la libération du jeune caporal. Sarah, une femme de 75 ans, bénévole au Jardin Botanique de Jérusalem, se rend à la tente pour la première fois, et elle me confie sa honte : « Qu’est-il arrivé au slogan d’Israël qui dit qu’on n’abandonne jamais un Israélien derrière les lignes ennemies ? » Pour elle, la tente n’est qu’un symbole. Ce qui est important, c’est que les enfants connaissent Guilad, que les gens ne l’oublient pas.

Combattre la routine

Un commerçant du coin distribue du raisin à tous ceux qui sont sous la tente. En face, on peut lire une pancarte géante où est inscrit : « Sarah et Bibi, je suis otage depuis 1873 jours. Où êtes-vous ? » Les parents de Guilad Schalit, eux, sont là tout le temps, sauf lorsqu’ils manifestent ou sont invités à des réunions, des meetings ou des commémorations. Timide mais imposant, réservé, mais charismatique, voilà comment on peut décrire l’homme qui se bat pour sauver son fils, cinq ans après son enlèvement. Cinq années de lutte, et deux ans à vivre presque tous les jours sous la toile.

« On a quitté notre travail, et érigé cette tente pour critiquer l’incompétence du gouvernement qui abandonne des soldats israéliens… Nous sommes là tous les jours, c’est la routine, mais il n’y a pas d’alternative. Notre job, c’est de ramener notre fils. »

Plus qu’un endroit de contestation, la tente ressemble pourtant de plus en plus à un lieu de pèlerinage. Noam ne perd cependant pas espoir. Tous les dimanches matins, lui, sa femme, et des bénévoles vont manifester devant le Conseil des ministres. Le 6 juin dernier, ils ont même déposé plainte contre X pour enlèvement et séquestration, dans un commissariat de Paris Les célèbres drapeaux blancs et bleus sur lesquels apparait le visage de Guilad flottent au vent. L’inscription dit, en hébreu : « Guilad est toujours vivant. » Certaines rumeurs avaient fait état de la reprise des négociations indirectes entre Israël et l’Autorité palestinienne pour parvenir à un échange définitif entre prisonniers palestiniens et le jeune captif. Mais avec l’escalade de violence qui agite le sud d’Israël, les pourparlers sont au point mort. Et les parents, les amis, les bénévoles de se réfugier dans ce qui leur reste d’espoir : c’est au final ce que représente cette tente.

A.A.


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