Notes sur Ramallah

 

 

Pour quelqu’un ayant grandi dans un village de Bourgogne où le plus grand bandit du coin est un type qui s’est fait arrêter après avoir vainement tenté de voler un camion de bananes (il croyait que c’étaient des Playstation 2), l’atmosphère de Ramallah est au premier abord hyper oppressante.

On peut lire parfois que Berlin est le New York européen. Ou même que Tel-Aviv est le Berlin israélien. Ou encore que Ramallah est le Tel-Aviv de Cisjordanie. Mais dire que Ramallah est le New York du coin serait un peu tiré par les cheveux.

Les taxis jaunes font partis des très nombreux éléments de ressemblance entre New York et Ramallah

J’ai écrit ces quelques petites notes dans un café juste à côté du marché, en sirotant un thé à la menthe. Des mecs tapent le carton pendant que d’autres fument la chicha (il n’y pas de femmes). A l’extérieur, des rangées de bananes et de pêches embaument le quartier, ce qui cache l’odeur de poubelle.

Les patrons croient me faire plaisir en zappant la télé d’une chaine arabe, genre Al-Jazeera, à National Géographic. On y voit un pêcheur, accompagné d’un ours dressé, en train de pêcher dans une rivière du Montana. Le contraste entre l’aridité du désert environnant et la luxuriance des images est saisissant. Pas autant cependant que la Mercedes qui klaxonne au dehors parce qu’elle essaye de doubler une calèche tirée par un âne. Pas autant non plus que ce berger qui fait traverser son troupeau de 50 chèvres à 200 mètres de la Mouqata’a (c’est à dire « les bureaux gouvernementaux de l’Autorité palestinienne et le quartier général de l’administration locale palestinienne » dixit Wikipedia).

 

Ce bâtiment qui ne semble pas avoir été totalement reconstruit depuis l’opération Rempart de 2002 abrite la tombe de Yasser Arafat. Héros national, et ancien dirigeant de l’OLP puis président de l’Autorité palestinienne, son effigie est placardée dans toute la ville.

 

 

Et même si les affiches sont un peu passées, il n’en reste pas moins présent.

Le mausolée est d’ailleurs un des seuls bâtiments du coin en excellent état.

 

 

 

Quand le garde m'a vu, il a dit au revoir à son pote, et s'est placé à l'intérieur du mausolée en prenant une posture digne et respectueuse

 

Il existe une polémique autour de la dernière sépulture d’Araft. Celui-ci voulait être enterré à Jérusalem (Al-Quds pour les musulmans), un honneur qui lui a bien entendu été interdit par Israël.

Le mausolée construit à Ramallah n’est donc qu’un bâtiment temporaire, dans l’attente d’un hypothétique retour du corps d’Arafat dans la ville 3 fois sainte.

 

Mais contrairement à ce bâtiment « temporaire », la vie de Ramallah n’est pas en stand-by. La perspective du 20 septembre s’étale sur les murs, avec d’énormes affiches,

Une affiche plaide pour la reconnaissance de l'Etat palestinien à l'Onu

et les graffitis sur la « barrière de sécurité » appelent à la libération de la Palestine, mais la politique fait aussi place au business. Contrairement à l’image que l’on peut se faire de la Cisjordanie, ou de la bande de Gaza, Ramallah est une ville bourgeonnante, pauvre mais en plein épanouissement que l’on découvre si l’on ouvre bien les yeux. Les mutilés de guerre y côtoient des business men en costards-cravates, et les touristes comme moi sont accueillis avec chaleur. Comme l’expliquait l’Express dans un article de 2010, Ramallah est la « nouvelle bulle du Proche-Orient ». En partie grâce au milliard de dollars  d’aides reçus en 2008 et 2009, la Cisjordanie connaît un boom économique, sa croissance grimpant en flèche de 8 % en 2009. Ce qui ne veut pas dire que le pays est en pleine vitalité, comme on peut l’apprendre dans Le Monde Diplomatique. Pour les gens qui sont sur place depuis des années, des décennies mêmes, Ramallah ressemble peut-être à une oasis de technologie et de modernité, mais ce n’est pas vraiment ce que m’a montré ma première visite…

Retour au café où je paye ma consommation 3 shekels. Le patron m’explique que « merci » se dit « shoukran ». Je reprends le sherout (bus collectif) pour Jérusalem. Ramallah, je reviendrai.

 

BONUS : le célèbre café Stars & Bucks (il y en a un aussi à Bethléhem)

Le Stars & Buscks de la place aux lions

 

 

 

 


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