« Assistés ! Assistés ! »

[Autant l’avouer tout de suite, je suis plutôt content que François Hollande ait remporté la victoire à l’élection présidentielle. Cela se ressentira sûrement dans les quelques lignes qui suivent… mais je trouve ça plus honnête de le préciser. ]

La défaite n’est jamais facile à accepter. Ça bouffe le foie, ça donne des envies de meurtres et ça fout la chiale. Mais ce n’est jamais une raison suffisante pour se comporter de manière indigne. Nicolas Sarkozy l’a ainsi prouvé avec la seule réussite de son quinquennat : sa sortie. Digne, apaisée, fair-play.

Malheureusement (et c’est pas forcément évident à la base) tout le monde n’est pas Nicolas Sarkozy.

Après avoir été entassés comme des sardines dans la petite rue de Solférino, avoir souffert pendant plus d’une heure, avoir perdu 95% de leur eau, avoir fait coucou à Benoit Hamon, avoir expérimenté de manière empirique le comportement des fluides en milieu fermé, et avoir sauté de joie quand le visage de François Hollande est apparu sur l’écran géant à 20h00, les fervents sympathisants socialistes ont fini par se répandre sur les boulevards adjacents.

Certains militants font péter des bouteilles de champagne. D’autres reprennent encore et toujours les mêmes slogans « Sarkozy, c’est fini ! » « On a gagné ». Puis, comme un seul homme, tout le monde se dirige à la Bastille. C’est assez amusant de marcher à Paris dans des rues sans voitures. On se serait cru un dimanche de novembre après l’Apocalypse.

Le convoi socialiste, remontant le boulevard Saint-Germain, finit par passer devant le QG de l’UMP. L’organisation des lieux de campagne (Solférino et la Mutualité) et des lieux de célébration traditionnelle (la Bastille et la Concorde) sont d’ailleurs assez vicieusement placés géographiquement pour que les  foules des sympathisants et militants « adversaires » soient forcéments obligés de se croiser…

Donc les Jeunes pop ne se dirigent PAS vers la Concorde (où la fête avait été annulée, selon les médias suisses et belges, depuis 18 heures)…

Mais au contraire ont l’air de prendre le même chemin que les solfériniens ravis. Les jeunes sarkozystes sont déçus. Ca c’est normal, mais ils ont surtout envie d’en découdre avec leurs adversaires. Le fait qu’ils soient encadrés par une trentaine de CRS qui les exfiltre du quartier Maubert-Mutualité semble également être  responsable de leur panache. On a droit à des « Copé en 2017 », « La France est foutue »… Ils sont mal quoi. Et il semble qu’ils aient envie de le partager.

Après le classique « Communistes assassins » qu’on entendait déjà mardi 1er mai place de l’Opéra lors de la manifestation du Front National, les jeunes déçus ont opté pour un slogan plus rentre dedans. Un seul mot en fait, résumé de leur mépris, de la performativité des éléments de langage de la bande à Buisson et Peltier et de leur incompréhension totale du programme de la gauche. Ce mot, lâché comme une insulte, et reçu comme une obscénité : « Assistés ! »

A l’invective, certains répondent par le geste. La rage. Ou l’ironie. (N’hésitez pas à cliquer sur les liens).

La place de la Bastille dimanche 6 mai au moment où arrive François Hollande

Le reste n’est que détails. Un rassemblement place de la Bastille qui ressemble plus à une version cheap des Vieilles Charrues qu’à une célébration politique. Ridan qui chante en play-back. Et personne qui ne comprend ce que fait là Axel Bauer. Il y a même un mec avec un masque de DSK…

Alors que tout le monde rentre péniblement chez soi, prenant d’assaut les bus de nuit pour remonter dans son bon vieux 18ème chéri, je me rappelle de ces « Assistés » insultants. Peut-être que j’ai été particulièrement blessé parce que je suis moi-même au RSA (même si je n’ai pas l’impression d’être pourtant un « assisté »). Peut-être que j’ai été scandalisé car ils confondent l’entraide et l’assistanat, le mérite et la reproduction. Dans leur bouche, c’est comme si les pauvres devaient avoir honte d’être pauvres…  Mais pour une fois, c’est eux qui devraient avoir honte. Honte d’être indignes dans la défaite. Honte de reprendre les thèmes d’extrême-droite et de se dire républicains. Hontes de leur haine, et de leur sourire en prononçant ces mots.

Mais c’est vrai, j’oubliais, ce sont eux les vrais travailleurs : eux, les rentiers, les « fils de », les « héritiers ». Les … assistés.

Arnaud Aubry


Une réflexion sur “« Assistés ! Assistés ! »

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