Sarkozy et Romney : A droite toute et en plein dans le mur

Mitt Romney, tout comme Nicolas Sarkozy avant lui, s’est engagé dans une stratégie électorale qui s’est avérée perdante : celle de loucher avec les extrêmes.

Et si les analystes s’étaient trompés ?  Et si le « toujours plus à droite » n’était pas forcément la route à suivre pour gagner une élection ? Mitt Romney, le candidat Républicain et adversaire principal (mais pas le seul) de Barack Obama à l’élection présidentielle américaine en a fait les frais il y a quelques jours : peu importe ce que l’on pense de sa campagne, ce qui est clair c’est qu’il avait opté pour une stratégie outrancièrement à droite (que ce soit de par son côté conservateur  ou ultra-libéral), et qu’il a perdu. Un échec qui nous rappelle celui, il y a quelques mois, de Nicolas Sarkozy qui lui aussi avait opté pour une campagne à droite toute, une « droite décomplexée » comme dirait Jean-François Copé, et que lui aussi a perdu.

Alors évidemment, s’il y a bien une chose qu’il est difficile (et un peu acrobatique) à réaliser, c’est de tendre un parallèle entre deux pays, en particulier tenter d’analyser conjointement deux résultats électoraux, quand les conditions sociales et politiques et les hommes en jeu sont différents. Romney n’est pas Sarkozy (tout comme Obama n’est pas Hollande) et les Etats-Unis ne sont pas la France. Mais l’on peut tout de même tirer des enseignements intéressants de ces deux campagnes perdantes.

En mai dernier, Sarkozy se représentait pour un second mandat en adoptant une stratégie qui s’était avérée gagnante 5 ans plus tôt : aspirer sans vergogne les voix du FN. Les discours sur l’Islam, les Roms, l’immigration et la sécurité en générale sont alors des appels du pied évident à l’électorat frontiste. Une situation un petit peu différente aux USA où il n’y a que deux partis majeurs (donc pas de parti d’extrême droite à vampiriser) mais où il y a un mouvement conservateur, le fameux Tea Party, extrêmement riche en voix. Le Tea Party n’est pas à proprement parler un parti, donc la comparaison avec le FN n’est pas tout à fait valide, mais ce « mouvement politique hétéroclite, contestataire, qui s’oppose à l’État fédéral et ses impôts » comme l‘explique Wikipedia, est naturellement plus enclin à s’allier aux Républicains qu’aux Démocrates. L’intégralité de la campagne républicaine a été construite pour attirer les membres du Tea Party, dont le poids politique est devenu majeur en moins de deux ans.

Parmi les similitudes, on trouve le discours sur les « assistés », identique en France (voir mon reportage sur la soirée du 6 mai à Paris) et aux Etats-Unis (les fameux 47% de Romney). L’objectif était de couper la nation en deux, avec d’un côté les bons travailleurs, qui se « lèvent tôt », et qui apporte de la richesse au pays, et de l’autre les fainéants qui vivent aux crochets de l’Etat. Fragmenter le pays pour motiver la base et s’adjoindre les voix des extrêmes.

De manière assez ambiguë, il semble que ni Nicolas Sarkozy ni Mitt Romney ne soit de vrais « extrémistes ». Le premier, poussé par Patrick Buisson – ancien journaliste à Minute et chef d’orchestre de la première campagne victorieuse de NS – a dû durcir son ton et ses propos, bien aidé par un Claude Guéant dévoué, pour résister à la formidable expansion du Front National de Marine Le Pen. Le second a dû affronter durant les primaires du GOP (Grand Old Party, comme on appelle parfois le Parti Républicain) des candidats (parfois assez loufoque, comme Michelle Bachman) issus des rangs du Tea Party. Et donc là aussi, tomber dans la surenchère. Ce qui a eu pour résultat de faire fuir l’électorat féminin, jeune et immigré (en particulier les Latinos qui deviennent, du fait de la démographie, une constante de plus en plus incontournable).

Les résultats de ces deux campagnes sont évidemment à différencier : Nicolas Sarkozy a souffert en premier lieu d’être le président sortant d’un pays en crise. D’ailleurs aucun autre dirigeant européen n’a réussi à se faire réélire depuis le début de la crise économique. Mitt Romney a souffert d’avoir multiplié les gaffes, d’avoir sous-estimé les Démocrates (en particulier leur capacité à motiver les gens pour aller voter, ce qui les avait déjà fait gagner en 2008), d’avoir fait fuir massivement les femmes du fait de propos sur l’avortement d’un autre siècle, et  – plus simplement – de n’avoir pas tué Ben Laden.

Mais au-delà de ces problèmes conjoncturels, les deux candidats de droite ont surtout pêché par leur stratégie de campagne. Ils n’ont pas réussi à gagner assez de voix à leur droite pour équilibrer les voix qu’ils perdaient au centre ou chez les Indépendants. [Je me rends compte à la relecture que c’est d’ailleurs une position que soutien François Baroin ; il a ainsi déclaré dans le Figaro samedi : « Je pense qu’il y a beaucoup à apprendre de la réélection de Barack Obama mais aussi de la défaite de Mitt Romney. Le Parti républicain a réduit sa base électorale en déplaçant son centre de gravité sur sa droite. Ce qui leur est arrivé nous est arrivé aussi […] »]

Ces deux défaites mettent à jour le début d’une crise profonde au sein des deux grands partis de droite en France et aux Etats-Unis. Quel avenir pour l’UMP et le parti Républicain ? En France tout comme aux Etats-Unis, deux enseignements radicalement opposés ont été tirés de la défaite. A l’UMP, il y a ceux qui prêchent pour un retour au centre, à un gaullisme plus social, et ceux qui veulent pousser davantage l’expérimentation politique de Nicolas Sarkozy, soit d’un côté la #TeamFillon et de l’autre la #TeamCopé. Aux Etats-Unis, la campagne vient à peine de prendre fin que le parti Républicain est déjà au bord de l’explosion  , entre ceux qui pensent que le parti ne peut survivre s’il ne fait pas un travail de fonds sur les jeunes, l’immigration, et s’il ne laisse pas de côté la bigoterie religieuse pour un retour à des propositions économiques et sociales dans la grande tradition du Parti Républicain, et ceux qui pensent que Romney a perdu car il n’est pas allé assez loin. Deux stratégies pour deux visions politiques opposées, mais en tout cas avec le même objectif : mettre un terme aux défaites que subissent leurs partis.

Arnaud Aubry


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