Iran : qu’est-ce qu’un modéré ?

Hassan Rohani © FARNOOD/SIPA
Hassan Rohani © FARNOOD/SIPA

Une grande partie de la presse internationale a salué l’élection du « candidat modéré » Hassan Rohani. Mais qu’est-ce qu’un modéré dans le cadre du régime iranien ?

(Cet article est paru le 19/06/2013 sur le site de La Vie.)

Le 15 juin, l’Iran élisait son nouveau président, Hassan Rohani, un mollah de 64 ans. Un résultat qui a déclenché un très grand enthousiasme en Occident où la presse l’a majoritairement qualifié de “modéré”.  Ainsi, comme l’explique l’AFP : “Le nouveau président iranien Hassan Rohani est un religieux modéré, partisan d’une plus grande souplesse vis-à-vis de l’Occident pour mettre fin aux sanctions ayant plongé son pays dans une grave crise économique.” Le New York Times n’en dit pas moins et écrit :“Dans une saisissante répudiation des ultra-conservateurs qui ont exercé le pouvoir en Iran, les électeurs ont largement plébiscité un clerc modéré, partisan de l’extension des libertés individuelles, et d’une approche plus conciliante du monde”.

Devant une telle unanimité, la question s’impose : qu’est-ce qu’un modéré ? De toute évidence, les avis sont assez divergents sur la question. Pour Afchine Alavi, porte-parole du Conseil national de la résistance iranienne (organisme lié à l’organisation des Moudjahidines du peuple iranien et très opposé au régime des mollahs), la réponse est simple : “Un modéré, c’est celui qui respecte la liberté d’expression et les droits de l’homme, qui ne maintient aucun prisonnier politique et ne se contente pas de libérer ses copains, qui autorise l’activité de tous les partis, même de l’opposition authentique, et qui en fin de compte refuse la notion du pouvoir absolu d’un guide religieux sur les affaires du pays.” Donc, pour l’opposant politique, “Rohani n’est pas un modéré !” La preuve ? Il a fait parti “des 8 candidats approuvés par le Conseil des candidatures (nommé par le Guide suprême) parmi plus de 800 candidats, et ce alors que même Rafsandjani, qui avait l’appui des réformateurs et qui n’est pas lui-même un modéré, a été écarté de la liste”.

Pour ce représentant du groupe d’opposition en exil, Rohani est un proche de l’ayatollah Ali Khamenei. Un fidèle, même. Ce que confirme Bernard Hourcade, directeur de recherche émérite au CNRS et spécialiste de l’Iran. Il est ainsi représentant du Guide Suprême au Conseil de Sécurité nationale depuis 16 ans. Mais là où M. Hourcade n’est pas d’accord, c’est sur la question de la modération de Hassan Rohani. “Il a les mêmes objectifs que Mahmoud Ahmadinejad, que ce soit la sécurité du pays, la défense de l’Islam chiite ou la portée de la voix iranienne dans le monde, mais ses méthodes diffèrent. Il est plus conciliant.” Pour lui Rohani est “un centriste et un modéré” car “un modéré en Iran est quelqu’un qui essaye d’être réaliste, qui est modeste dans sa façon de parler”. De plus, il ajoute qu’il a rejeté durant sa campagne “les invectives et les extrémismes”.

Clerc favorable à la République islamique et qui ne s’est pas exprimé il y a 4 ans durant la Révolution verte juste après l’élection présidentielle, Rohani est en quelque sorte “le plus modéré, ou le conservateur le moins dur des 8 candidats pré-sélectionnés par le Guide suprême” précise Afchine Alavi.

En Occident, la modération d’un élu peut s’observer dans sa façon d’appréhender la problématique du nucléaire, des prisonniers politiques ou encore de la guerre en Syrie. Selon le chercheur français, concernant le sort des prisonniers politiques, Rohani a été très clair : “Selon lui, on ne peut pas condamner quelqu’un pour ses idées. Rohani a d’ailleurs dit qu’il voulait donner un libre accès à l’information et à la presse, et il n’est pas question de mettre les journalistes en prison.”

De même sur la question du nucléaire : M. Rohani était le responsable des négociations sur le dossier nucléaire de Téhéran sous la présidence de Khatami (1997-2005), et il est à l’origine de l’accord de 2003 qui a entraîné la suspension provisoire de l’enrichissement d’uranium. Cependant, précise B. Hourcade, “Rohani n’est pas opposé à l’enrichissement”. Par contre, le chercheur du CNRS explique que ”l’exemple du vêtement féminin n’est pas un combat actuellement”.

Afchine Alavi reste sceptique. “La Syrie, le nucléaire, les prisonniers politiques, ce sont là des domaines protégés du Guide Suprême”, explique-t-il, ce qui sous-entend que le changement de président ne changera pas la politique du pays vis-à-vis de ces problématiques. “L’enthousiasme formulé par les Occidentaux suite à l’élection de Rohani est extrêmement déplacé et va très vite tomber dans la désillusion. »

En quelque sorte, il faudrait avoir, à l’encontre de Hassan Rohani, un enthousiasme… modéré.


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s