Bernard Pavy : le baroudeur de l’espoir

Bernard Pavy © Manuel Braun pour La Vie
Bernard Pavy © Manuel Braun pour La Vie

« Je dis souvent que je suis né au Maroc en 1965. C’est là que j’ai véritablement réalisé ma vocation de médecin. » C’est par ce souvenir que Bernard Pavy, qui créera la chirurgie plastique reconstructrice et esthétique de l’enfant en France en 1970, tient à commencer son histoire. Après avoir été reçu à l’internat des hôpitaux de Paris en 1964, il part faire son service militaire à Essaouira, au Maroc. Là, le jeune interne de 27 ans est propulsé seul chirurgien pour une région de 300 000 habitants. Tout manque : vaccins, produits anesthésiques et même fil de suture… remplacé par du nylon de pêche acheté à la boutique du port. De cette expérience, le jeune chirurgien gardera toute sa vie une passion, exigeante, intraitable, de son métier et un engagement qui deviendra une partie centrale de sa carrière : l’humanitaire.

Depuis l’époque d’Essaouira, Bernard Pavy a glané des récompenses et des décorations – il est chevalier de l’ordre de la Légion d’honneur, médaillé d’or du bénévolat – et est surtout devenu l’un des meilleurs chirurgiens plastiques et pédiatriques. Il a opéré, en près de 50 ans, plus de 4 000 fentes labiales – appelées avec peu d’élégance « becs de lièvre » – en France et « au moins 3 000 à l’étranger », précise-t-il. Et c’est encore au Maroc, en 1976, qu’il fait sa première expérience de l’humanitaire, en compagnie d’« Abdou », Abderrahim Harouchi, futur ministre de la Santé marocain, décédé en 2011. Viendront ensuite le Viêt Nam, le Cambodge, l’Égypte, l’Ukraine, l’Iran, l’Afghanistan, le Togo, le Mali, le Rwanda… Que ce soit au sein de la Chaîne de l’espoir, association humanitaire fondée en 1994, qui apporte des soins aux enfants démunis dans 30 pays, ou pour son programme les Sourires de l’espoir, qui soigne les enfants souffrant de malformation faciale, Pavy parcourt le monde. Pour opérer des enfants, mais aussi former, faire passer sa connaissance à des chirurgiens de l’étranger. À Kaboul, il a participé à la création du premier hôpital consacré à la mère et à l’enfant. Au Rwanda, il a été nommé par la ministre de la Santé responsable de l’enseignement de chirurgie plastique du pays. À 75 ans, ses mains tremblent un peu, « mais jamais quand j’opère », jure-t-il. Quand il fait le calcul, il confesse passer, depuis sa retraite, « plus de six mois par an à l’étranger ».

Depuis son appartement parisien, qui donne sur les arènes de Lutèce, Bernard Pavy précise : « J’ai gagné correctement ma vie, j’ai pu nourrir correctement mes enfants, mais je n’ai pas fait fortune avec la médecine. » D’ailleurs, pour lui, « les questions d’argent et de médecine ne sont pas très compatibles ». Depuis sa retraite, il continue donc son activité. Bénévolement.

La chirurgie plastique n’est pas vitale. Mais elle permet – dans les cas de fentes labiales, mais aussi de taches, brûlures, malformations de la peau – de « réintégrer les enfants dans la vie sociale ». « Ces traitements ne sont pas des urgences, alors ils passent souvent au second plan. Pourtant, ces enfants sont parfois abandonnés par leurs parents… Un enfant avec un trou dans le visage ne sera jamais intégré. » Il avoue avoir dû « s’expliquer » souvent avec des parents qui lui disaient que leur enfant n’était pas normal, qu’il était handicapé. « Alors là, je les engueulais ! Je n’ai jamais accepté ça !»

Fils de médecin, petit-fils de médecin… La voie de Bernard Pavy était toute tracée. Ce qui ne veut pas dire qu’elle a été sans encombre. Ayant eu des parents très jeunes, l’adolescent a eu très tôt besoin d’espace, qu’il trouvera dans la compétition automobile. Embauché à 18 ans comme pilote officiel par Renault, il a dû choisir entre passer l’externat des hôpitaux et le Tour de Corse. Il a opté pour la médecine mais a gardé du sport l’esprit de compétition : « Un désir, une ambition peut-être plus importante que les autres. » Au sujet de sa vocation, il aime raconter une autre histoire : « Quand j’avais 5 ans, un homme est venu me voir dans la cour de notre maison, qui bordait l’hôpital où travaillait mon père. Il voulait me saluer, car j’étais le premier enfant qu’il voyait depuis plus de 20 ans. Et il a ajouté : “Votre père m’a rendu la vue.” Je vous jure qu’à 5 ans, ça vous marque. Qu’est-ce que vous voulez faire d’autre après ? » Depuis, sa passion pour la médecine n’a pas bougé.

Texte Arnaud Aubry

Photo Manuel Braun pour La Vie

Article paru dans La Vie  du 29 août 2013.


Une réflexion sur “Bernard Pavy : le baroudeur de l’espoir

  1. bjr. auriez-vous quelques coordonnées afin de contacter le Dr PAVY ? celles en ma possession sont erronées.
    je vous en remercie d’avance et suis disposée à plus d’infos, si nécessaire, via ma boite mel. ce serait génial.
    merci d’avance.
    cordialement.

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