Nourri au Soylent

[Article publié dans le Néon de juin 2015]

Nourri au Soylent

Chaque mois, Néon met un pied dans le futur et teste un produit qui pourrait révolutionner nos vies. Cette fois-ci, nous avons mangé de la poudre durant 7 jours.

1 Gastronomie en poudre

Devant moi, un grand verre rempli d’un liquide visqueux blanc-gris. Au nez, un mélange d’avoine et de farine. Voici Soylent, ma seule alimentation pendant les 7 jours qui viennent. Commercialisé aux Etats-Unis depuis un an, Soylent a pour ambition de remplacer la nourriture, en m’apportant toutes les calories, protéines, vitamines, nutriments etc. dont j’ai besoin. Cet ambitieux projet est celui de Rob Rhinehart, un ingénieur américain qui veut faire des économies de temps et d’argent en supprimant les repas classiques. Premier bug  : le produit a un goût affreux, un mix de blédine pour bébé et d’huile de colza. Je vais finir par m’y habituer, mais je ferai toujours la même grimace à chaque première gorgée. L’ambition de Soylent, qui vient de recevoir un financement de 20 millions de dollars en janvier dernier, est immense : Rob rêve qu’il soit disponible et pour tout le monde, « comme l’eau du robinet ».

2 Ma vie sans manger

Premier avantage : la rapidité. J’avale mon verre-l’équivalent d’un repas- en 10 secondes. Il faut 5 minutes pour préparer un énorme pichet qui me fera la journée. D’ailleurs pas besoin d’être un cordon bleu : il suffit de verser la poudre d’un sac de Soylent dans environ 1,5 litres d’eau et de mélanger. C’est tout. Le dosage est primordial : pendant les deux premiers jours, j’ai des crampes intestinales, à cause de la faim. Petit-à-petit, je gère mieux le dosage, et finis par me sentir totalement rassasié. Deuxième avantage : le coût. A 85 dollars (environ 80 euros) la semaine et ses 28 repas (petit-déjeuner, déjeuner, quatre heures et dîner), c’est plutôt bon marché, et bien plus équilibré qu’un régime pâtes au beurre ou kebab. Le Soylent est composé d’ingrédients basiques : huile de tournesol, protéines de riz, farine d’avoine, mélange de vitamines et de minéraux, amidon de riz… Mais vivre sans nourriture, c’est vivre sans plaisir. Les goûts me manquent, les odeurs sont une torture. Avec mon régime de petit chimiste, j’ai l’impression de devenir un robot.

3 Soylent ne remplace pas la diversité

Reste à savoir si Soylent est bon pour la santé. Si Norae Ferrara, nutritionniste à San Francisco, me rassure sur le fait que les muscles de mes mâchoires ne vont pas s’atrophier avec mon régime liquide, elle me déconseille de continuer trop longtemps l’expérience : « Chez les personnes en bonne santé, l’utilisation de Soylent à court terme n’expose pas à des dangers, mais à long terme il y a de forts risques qu’ils développent des intolérances. » Sans compter le fait que le manque de variété dans les repas peut avoir un impact négatif sur notre microbiome, c’est-à-dire toutes les bactéries qui peuplent notre intestin et qui jouent un rôle primordial dans la digestion. Pour mon intestin, on verra plus tard : ce qui m’importe dans l’immédiat c’est de réussir à ne pas vomir dès que j’avale cette mixture.

4 L’avenir a-t-il le goût de Soylent ?

Pour la nutritionniste, remplacer deux ou trois fois par semaine le fast food (ou le plat surgelé trop gras et trop salé) par du Soylent n’est peut-être pas une si mauvaise idée. Au terme de mon expérience, je suis toujours en bonne santé et, malgré le goût dégueulasse, le concept me séduit toujours : j’ai même gardé un pochon de côté, au cas où ! Mais aussi pratique et rapide qu’il veuille bien se présenter, Soylent ne peut pas remplacer totalement la nourriture, à moins d’être un ascète, ou d’avoir ni famille, ni amis. Car la bouffe ne se résume pas à un assemblage de composants chimiques. Il y a un petit supplément d’âme : le repas est un moment de partage, de convivialité. En fait Soylent m’a permis de réaliser que la meilleure chose dans la vie, c’était de partager une bonne grosse raclette avec ses potes. Ou des burgers. Ou des sushis. Enfin tout ce qui se mange et qui n’est pas liquide et visqueux.

Arnaud Aubry

Le Soylent en chiffres :

2000 : le nombre de calories contenus dans chaque paquet

0 : la quantité de cholestérol dans Soylent

85$ (environ 80 €) : le prix pour une semaine de Soylent. Le tarif est dégressif si l’on commande de plus grandes quantités.

Cannibale : contrairement au film Soylent Green (Soleil Vert en VF) à qui il emprunte son nom, Soylent n’est pas fait avec des humains. Voilà une bonne nouvelle.

Exportation :  le Soylent n’est pour l’instant dispo qu’aux Etats-Unis (il devrait arriver chez nous dans quelques mois), mais pour les plus curieux, la recette est disponible en intégralité sur son site.


Une réflexion sur “Nourri au Soylent

  1. Ca ne donne pas envie… Il est dépourvu de papilles gustatives, le chercheur? Parce qu’un truc sans saveur ou avec un goût immonde ne risque pas de devenir un hit, sauf dans les pays où on meurt de faim.

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