L’océan, le soleil & l’ennui

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[Cet article est paru dans Grazia du 06/11/15. Lire ici le PDF de l’article]

La Silicon Valley, ses start-up, son soleil et ses palmiers, attire nombre d’ingénieurs français. Mais pour leur famille, le rêve américain est souvent déconnecté du fantasme. Par Arnaud Aubry, à San Francisco

Nous sommes quelques 60 000 Français  à habiter la «Baie», la région aux environs de San Francisco qui accueille les géants du Web et de l’informatique. Apple, Google, Facebook… Les opportunités sont nombreuses et alléchantes, sans compter que les salaires sont bons, même dans les entreprises moins prestigieuses. Pour les conjoints, en revanche, la situation n’est pas si rose. Nombre des femmes (ce sont souvent elles qui suivent leur mari) qui exercent un bon job en France sont reléguées au rang de « desperate housewives » (mères au foyer désespérées) à leur arrivée aux Etats-Unis.

Le statut de « femme de »

« La découverte de la place de la femme dans la société américaine a été un choc. Tout est fait pour qu’elle ne travaille pas : le système de garde des enfants est extrêmement cher et ils finissent l’école tôt », explique Céline Glon, 46 ans, qui vit aux Etats-Unis depuis douze ans. Des enfants qui rythment souvent la journée de ces mamans expatriées : entre l’école et les activités extrascolaires – en particulier quand les adolescents au lycée multiplient les disciplines pour améliorer leur dossier d’inscription à l’université. Entre deux allers-retours au football, il ne reste plus qu’à s’occuper de soi : manucure, yoga et beaucoup de sport. Un mode de vie un peu rétro. Très vite, on n’est plus que la «femme de»… « N’être plus présentée que comme la “femme de” ou la “maman de” est parfois difficile. Les conjoints des expatriés sont vus comme des sans cervelle… », avoue Céline Signorini. Mais cette docteur en sciences du langage qui a suivi son mari en Californie après qu’il a été embauché par Apple a trouvé la parade : «Quand les gens me prennent un peu trop de haut, je leur explique que j’ai un doctorat et qu’en France, j’avais ma propre entreprise. C’est mon bouclier, et il est plutôt efficace. » Et pour les hommes qui suivent leur femme ? S’ils sont plus rares, ils ne sont pas épargnés par cette problématique. Anthony Picard, contrôleur financier, a suivi sa femme en août 2011. « Je me suis occupé des enfants le temps qu’ils s’habituent et que j’obtienne une autorisation de travail», explique-t-il. Ce n’était «pas une période facile», entre la solitude des journées à la maison et la méfiance des recruteurs qui ne comprenaient pourquoi il avait lâché son job.

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Le recyclage obligatoire

Les conjoints d’expatriés sont confrontés à deux handicaps majeurs : tout d’abord, obtenir une autorisation de travail, puis faire valoir leurs diplômes. Problème : c’est souvent impossible. «Je travaillais dans l’immobilier en France. Ici, il faut une licence d’agent immobilier de l’Etat de Californie pour exercer cette profession. Cela voulait dire reprendre les cours… », explique Carine Davery, 35 ans. Elle est donc devenue prof de français à domicile et assistante dans une agence immobilière. Carine n’est pas la seule: «On a le droit de se réinventer à tout âge aux Etats-Unis », apprécie Céline Glon. Guide en France, cette dernière a organisé des conférences à son arrivée avant de devenir prof de gym pour finalement monter son entreprise. Pour Sixtine Gontier, venir en Californie a même représenté un vrai éveil professionnel : « Je ne travaillais pas en France. Je ne sais pas si c’est la crise de la quarantaine ou l’effet Silicon Valley, mais depuis notre arrivée, j’ai évolué et suis devenue coach en développement personnel spécialisée dans les adolescents.» Certaines femmes décident aussi de reprendre leurs études. Juliette Eichler était avocate fiscaliste en France. Impossible d’exercer sa profession aux Etats-Unis, elle a dû retourner à l’université deux semestres, passer un certificat pour devenir consultante fiscal. Une expérience positive : « Ces deux semestres n’ont pas été durs : la Californie, la piscine, le barbecue… C’est un cadre plutôt sympa. Et puis il fallait bien que j’apprenne le détail des règles fiscales américaines.»

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Le choc culturel

« On a déménagé en Californie, pas en Afrique ou au Cambodge… Et pourtant, c’est très différent de la France », explique Alice Tien, 35 ans, installée depuis deux ans. « Les gens sont très ouverts au premier abord : notre voisine m’a fait visiter toute la ville quand je l’ai rencontrée ! Depuis, plus rien… »

Un témoignage courant. Heureusement, il existe des structures spécialisées dans l’accueil des expatriés : le «groupe des mamans» Yahoo – plébiscité par les Françaises – organise des sorties poussettes et des soirées entre mères qui ont besoin de souffler. Evidemment, être expatrié à l’époque d’Internet n’implique pas le même déracinement qu’il y a quelques années. Les e-mails, Skype ou WhatsApp estompent les distances avec la famille et les amis restés au pays. Mais ce n’est parfois pas suffisant. Le retour au travail ou la pratique d’autres activités permet généralement de mettre un terme à ce sentiment de solitude. Céline Signorini s’est ainsi épanouie dans le sport : yoga, kickboxing, aquagym, escalade, vélo, Pilates… « C’est vrai, les premiers mois sont durs. Mais je n’ai jamais regretté d’être venue. »

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