A Polytechnique, Macky Sall plaide pour le développement de « l’économie du savoir »

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[Article paru dans Le Monde Afrique le 04/12/15]

C’est un déplacement hautement symbolique. Le président Macky Sall a tenu à se rendre à l’Ecole polytechnique mercredi 2 décembre. Cette visite est la seule qui a été maintenue, en marge de la COP21, dans le programme chargé du chef d’Etat. Comme pour rappeler les bonnes relations qui existent entre le Sénégal et l’X, le surnom de la prestigieuse école française.

Durant son discours, devant un parterre d’élèves en uniforme qui l’auront accueilli au garde-à-vous, le président du Sénégal, au pouvoir depuis 2012, remercie ainsi Jacques Biot, le président de l’X, « d’avoir ouvert aux étudiants sénégalais l’accès au concours d’admission au cycle d’ingénieur ».

Polytechnique a en effet ouvert à Dakar en mai 2015 son 15e centre d’examen dans le monde, le premier à avoir été délocalisé en Afrique sub­saharienne, ce qui évite aux étudiants sénégalais qui souhaitent rejoindre Polytechnique de se déplacer en France pour passer le concours. Ce développement s’accompagne du détachement chaque année d’assistants pédagogiques à l’université Cheikh-Anta­-Diop de Dakar, afin d’aider les étudiants sénégalais à préparer les concours d’admission dans les grandes écoles d’ingénieurs en France.

Sur l’estrade en bois de l’amphithéâtre Poincarré, Macky Sall a souligné le rôle crucial de l’éducation, « secteur clé » pour son pays : « Le capital humain, c’est ce qui porte le savoir et le savoir-faire. C’est ce qui porte l’économie et l’avenir d’un pays. » Une manière de montrer que le Sénégal, pays très pauvre en matière première si on le compare aux autres pays africains, mise beaucoup sur la matière grise. « Une dépense dans l’éducation et la formation, ce n’est pas une charge sociale, c’est un investissement dans le futur », a-­t-­il ainsi souhaité rappeler.

Mais venir à Polytechnique, école à la longue tradition d’enseignement scientifique, c’est aussi « un signal fort que le président Macky Sall envoie à la jeunesse sénégalaise, celui de s’orienter vers les sciences », précise Mamadou Fall Kane, ancien élève de Polytechnique et désormais conseiller économique et finance du président. Au Sénégal, « 70 % des bacheliers ont un profil littéraire, ce qui ne répond pas aux besoins de notre économie », ajoute­-t-­il. D’ailleurs, suite à la conférence du président Macky Sall, une convention d’accueil des boursiers d’excellence sénégalais au sein des classes préparatoires des lycées parisiens Louis­-le-­Grand et Henri-IV et du lycée du Parc (Lyon) a été signée. Ce qui facilite l’accès de ces élèves aux prépas scientifiques et commerciales.

Le développement de l’énergie en Afrique

Outre l’éducation, « l’économie du savoir » comme le nomme l’intitulé de son discours, Macky Sall a exposé sa vision des nouveaux vecteurs de la croissance en Afrique. L’agriculture tout d’abord. L’objectif annoncé par le président sénégalais est d’atteindre « l’autosuffisance alimentaire et de doper les exportations ». Et de rappeller que l’Afrique comporte « 60 % des terres arables disponibles et inexploitées » de la planète. Les infrastructures ensuite, puisque « sans infrastructure, il ne peut pas y avoir de développement », le président promettant que « le risque (d’investissement) n’est pas plus élevé en Afrique qu’ailleurs ».

C’est surtout sur le développement de l’énergie en Afrique que le président du Sénégal s’est attardé. 650 millions de personnes n’ont pas accès à l’énergie ni à l’électricité, soit 75 % de la population du continent, selon les données 2012 de la Banque mondiale. « Travaillez avec nous », a-­t­-il déclaré, appelant les pays occidentaux à participer au financement du développement d’énergies renouvelables « pour les rendre compétitives et abordables ». Une demande « équitable », puisque « pendant plus d’un siècle, (les pays développés) ont utilisé la houille, le charbon, le pétrole et ont très fortement contribué à dérégler le climat » et que l’Afrique aujourd’hui est aux premières loges pour souffrir du changement climatique : « Ce n’est pas qu’une affaire d’écolos », a-­t-­il même déclaré, lors de la séance de questions avec la salle.

« Maintenir sur le long terme la dynamique positive »

Durant le sommet dédié mardi à l’Afrique en marge des négociations sur le climat de la COP 21, François Hollande a promis de mobiliser 6 milliards d’euros en faveur de l’électrification de l’Afrique entre 2016 et 2020, dont 2 milliards d’euros réservés aux énergies renouvelables. Un premier pas que M. Sall a tenu à saluer, même si son objectif n’est pas encore atteint puisque dans son discours prononcé lors de l’ouverture de la COP 21, Macky Sall avait appelé « les pays à orienter l’argent du Fonds vert vers un mécanisme à raison de 5 milliards de dollars par an sur au moins 10 ans ».

« Le défi aujourd’hui (pour l’Afrique) est de mettre davantage en synergie le capital humain et les énormes richesses naturelles du continent pour maintenir sur le long terme la dynamique positive », a expliqué Macky Sall, manière de souligner que l’avenir de l’Afrique passe par le développement de l’énergie et de l’éducation.

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