Benjamin d’Hardemare : Scout rentable

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[Article paru dans La Vie du 25 février 2016]

Il ne faut se fier ni à la chevalière dorée ni à son bureau du troisième étage du Palais Brongniart, l’ancien cœur de la Bourse de Paris. Avec son costume cravate impeccable, et sa barbe de trois jours, Benjamin d’Hardemare est un entrepreneur hybride, au croisement des mondes de l’entreprise et de l’associatif. Un patron qui ne néglige pas le profit mais dont le cœur de métier est l’insertion et l’écologie.

Deuxième d’une fratrie de quatre, il naît à Limoges en 1981. La famille se déplace au gré des mutations du père, membre du directoire d’une banque. C’est à Orléans que le futur chef d’entreprise s’initie à l’engagement social, grâce au scoutisme. « Le scout est un chrétien en action », découvre-t-il. Sa vie en est chamboulée. A l’heure du lycée, il choisit le public, « à l’autre bout de la ville, pour ne pas côtoyer que des scouts, des cathos et des gens… de ma CSP ». Après avoir passé le bac à Casablanca (Maroc), où son père est expatrié, il arrive sur les bancs parisiens de l’université. S’il hésite un peu sur la voie à prendre, ce sera le droit, il est déterminé à poursuivre son engagement : « Dès le jour de la rentrée, je tape à la porte de la Croix-Rouge. » Lui qui vient d’un milieu aisé, il fait face à la très grande détresse. Il est secouriste, « à 150 km/h dans une ambulance », lave des réfugiés qui souffrent de la gale. « Benjamin donnait sans compter », se remémore Agnès Leconte Babinet, à l’époque responsable des maraudes de la Croix-Rouge du XVe arrondissement. Entre 2000 et 2003, il fait ses « 35 heures par semaine », bénévolement, aussi bien sur le terrain qu’en tant que responsable départemental. Il est chargé de la formation des bénévoles au secours social. Il est tellement impliqué qu’il lui reste peu de temps pour ses cours : « J’ai eu ma licence grâce aux points de salsa », confie-t-il.

Capture d’écran 2016-03-03 à 16.34.21La fibre entrepreneuriale, il l’acquiert en rejoignant le groupe d’étude Entreprise et Pauvreté de l’Institut Montaigne (think tank libéral). « Il avait une grande sensibilité pour le sujet de la pauvreté, mais il était aussi un peu naïf : il avait une image “marxiste” de l’entreprise », juge amicalement Henri Lachman, qui était alors PDG de Schneider Electric. « J’ai découvert que l’entreprise, dans sa façon de recruter, pouvait avoir un vrai impact sur la pauvreté », se souvient Benjamin d’Hardemare. Très investi, il est non seulement rapporteur du groupe de travail, mais il anime aussi les réunions, et n’hésite pas à apporter son expérience du terrain, après cinq années de Croix-Rouge, devant « les grands patrons de Schneider, Adecco, des syndicalistes, des présidents d’associations comme ATD Quart Monde». En 2006, le groupe de travail accouche d’un rapport qui demande entre autres l’interdiction du CDD – au profit du CDI – et Benjamin d’Hardemare gagne un boulot chez Schneider. Il part pour Londres, ne s’occupe plus que d’efficacité énergétique, et découvre les problématiques environnementales. Lui qui s’imaginait travailler à la Croix-Rouge internationale se lance donc « dans le lucratif ». Fin 2008, il reçoit même une promotion pour rejoindre l’équipe de Boston (États-Unis), alors que la crise éclate. Et il démissionne.

Lui, le raider scout, qui s’est engagé « à risquer tout pour le service des autres, y compris la vie », pense qu’il est temps de lancer une entreprise : une start- up qui puisse remplir toutes les conditions de rentabilité et de profit, tout en ayant « les objectifs d’une association ». Planetic est né. Et c’est le début des problèmes. « J’ai passé trois ans sans signer de contrat. C’est ma traversée du désert : chômage, RSA, et jusqu’à l’endettement personnel. » Un passage formateur. « Ça a blindé ma foi. J’ai éprouvé le désespoir, mais je ne me suis jamais senti seul ! »

Finalement, en 2012, son projet de reforestation en République du Congo démarre, suivi d’un projet d’agriculture. Depuis, il a multiplié les filiales : en France, il lance en mars 2014 Alter-massage qui propose des massages en entreprise réalisés par des personnes malvoyantes. Au Sénégal, en 2015, il lance un projet d’agroécologie, et devrait commencer la confection de lampes solaires pour le marché africain. Aujourd’hui, il veut témoigner de son expérience et projette un livre pour les jeunes sur l’importance de l’engagement, avec ce message : « Si vous voulez faire le bien autour de vous, ça finira par marcher. »

Arnaud Aubry


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