Mehdi Maizi, l’expert de la maison rap [Publié dans Jeune Afrique]

Mehdi Maizi © Damien Grenon

Animateurs de plusieurs émissions consacrées au rap, Mehdi Maizi est devenu à 31 ans un incontournable de la galaxie hip-hop en France.

Cet article a été publié dans Jeune Afrique le 8 octobre 2017. La photo a été réalisée par Damien Grenon.

Voici la version intégrale :

S’il était rappeur, on dirait de lui qu’il a un sacré flow. Mehdi Maizi est extrêmement bavard, ses mains toujours en mouvement accompagnant ses mots et son petit cheveu sur la langue (bien pendue). Le trentenaire n’est pas rappeur, mais il a quand même fait du rap son métier.

Son emploi du temps est très chargé : animateur de La Sauce, une émission diffusée tous les soirs de semaine sur OKLM Radio, et du podcast hebdomadaire No Fun, il est également programmateur et producteur pour la chaîne hip-hop de Deezer. C’est d’ailleurs dans les locaux de la start-up française de streaming que nous le rencontrons, dans la salle Louis-Armstrong (la salle Drake n’était pas libre).

« J’ai toujours voulu faire quelque chose dans ce milieu, mais j’ai très vite compris que je ne pourrais pas être rappeur ou faire du son:  j’ai essayé et c’était catastrophique… J’ai donc commencé à écrire sur le rap, pour Abcdrdu son », raconte-t-il en évoquant ses débuts. De 2008 à 2014, Mehdi contribue donc bénévolement aux pages de ce magazine en ligne spécialisé dans le hip-hop. Il mène alors « une vie un peu schizophrène », journaliste la nuit, jonglant entre les interviews et les concerts, et consultant le jour dans la société de conseil Audisoft Oxéa, préparant ses PowerPoint et« [s]’ennuyant profondément ». Ce métier de consultant, il l’a choisi par défaut, parce qu’il était « le mec qui n’est pas trop mauvais à l’école, qui ne sait pas quoi faire de sa vie et finit par faire une école de commerce »… Mais un CDI très bien payé, c’était aussi alors une manière de « rassurer [sa]mère et de lui faire plaisir », avoue ce fils unique à la jeunesse mouvementée.

Né en 1986 à AïnTaya, en Algérie, il quitte le pays avec ses parents quatre ans plus tard, au tout début de la décennie noire. Son père est alors présentateur de journal télévisé et reçoit des menaces de mort, « un peu comme tout le milieu intellectuel et médiatique », s’excuse-t-il presque. Direction la France, donc, en 1990. La mère de Mehdi, qui était médecin en Algérie, devient infirmière faute d’équivalence des diplômes. L’ancien journaliste, lui, ne trouve pas sa place, il est souvent absent, sombre dans l’alcoolisme. Les parents divorcent. Sa mère l’élèvera seule, un sujet récurrent dans les chansons de rap qu’il écoute en boucle dès l’adolescence…

C’est beaucoup plus tard, en décembre 2013, que Mehdi Maizi finit par lâcher son boulot dans l’audit pour vivre pleinement sa passion du rap. Fini le bénévolat, il passe pro et anime une émission diffusée sur Dailymotion, le concurrent français de YouTube. Et si ses premiers pas se font sur internet, ils sont filmés dans un studio avec un public, des chroniqueurs… et des invités. Ce qui n’est pas toujours facile. Il faut savoir gérer des ego surdimensionnés et des dérapages plus ou moins contrôlés.

« Si le rap peut avoir une image sulfureuse, j’ai rarement été confronté à des artistes qui font du hors-piste », prévient-il d’emblée. Avant d’avouer toutefois n’avoir peut-être « pas été assez clair » face par exemple au rappeur Alkpote, qui, dans plusieurs entretiens, s’est déclaré homophobe. Il aurait dû préciser que, « évidemment, [il] se désolidarise de ses propos, et que même [s’il sait] qu’il le fait au millième degré, [il comprend] que ça puisse choquer ».

Si Mehdi avait été rappeur, est-ce qu’il aurait fait du rap conscient ? Il mène en tout cas une réflexion sur l’influence qu’il peut avoir sur ses auditeurs. « C’est à nous de combattre les vieux démons du rap. Le milieu du rap s’offusque beaucoup moins pour une rime homophobe que pour une rime raciste… » Pourquoi ? « Parce que, dans le monde du rap, pendant très longtemps ça a été normal d’être homophobe, misogyne, etc. C’est à nous, la nouvelle génération, de dire : on est en 2017, on a dépassé ça. »

Idem pour la violence : « Après les attentats du 13 novembre, je me suis rendu compte qu’on devait peut-être se poser quelques questions sur ce qu’on écoute, sur l’effet que ça peut avoir sur nous… Après, ça ne m’empêche pas de continuer à écouter Kalash, de Booba et Kaaris ! » Tout de même, c’est une question qui le taraude, « en prenant de l’âge », dit-il du haut de ses 31 ans. Fera-t-il écouter du rap à ses (futurs) enfants ? « Oui, bien sûr, mais peut-être pas n’importe lequel… Je ne sais pas si je serais content que mon enfant me sorte : “Sors les kalachs comme à Marseille!” » Entre-t-il dans l’âge de raison ? Peut-être. D’ailleurs, il s’est « même mis au running », nous dit-il en blaguant.

Si Mehdi Maizi avait été rappeur, il aurait mis ses morceaux sur internet, sur les sites de streaming comme Spotify ou YouTube, pour se faire remarquer. Il n’est pas rappeur, mais il a lui aussi fleuri sur le web. Comme le rap, il a contourné, par hasard ou par nécessité, les médias mainstream avant de devenir incontournable. Après avoir été chroniqueur pour Monte le son !, sur France 4, et avoir écrit un livre, Rap français,une exploration en 100 albums (éd. Le mot et le reste, 2015), il a lancé une nouvelle émission de rap pour Mouv’, la radio « jeune » de Radio France. Il devient petit à petit une référence dans les médias. Dans la cafétéria de Deezer, il se place pour le photographe devant un mur recouvert d’autographes de chanteurs célèbres présents sur le service de streaming. Malgré leurs chiffres de ventes astronomiques, aucun rappeur n’y est. « Tu vois, il y a encore du boulot ! » plaisante-t-il.

Arnaud Aubry


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